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_ le passé immédiat

Cette collection a pour but de rendre leur parole à ceux que la Shoah a effacés du monde à travers les documents qu’ils ont laissés derrière eux. Pour la décrire, laissons la parole à l’écrivain Luis Sepulveda dans son livre « Les roses d’Atacama » .

Visitant Bergen Belsen, voici ce qu’il écrit: « Bergen Belsen n’est certes pas un lieu de promenade, car le poids de l’infamie y est oppressant, et à l’angoissante question « Qu’est-ce que je peux faire, moi, pour que cela ne se reproduise pas ? » répond le désir de connaitre et de raconter l’histoire de chacune des victimes, de s’accrocher à la parole comme unique conjuration contre l’oubli, de raconter, de nommer les faits glorieux ou insignifiants de nos pères, les amours, les enfants, les voisins, les amis, de faire de la vie une méthode de résistance contre l’oubli, car, comme le soulignait le poète Guimaraes Rosa, raconter c’est résister.

À une extrémité du camp, tout près de l’endroit ou se dressaient les infâmes fours crématoires, sur la surface rugueuse d’une pierre, quelqu’un — mais qui ?-—avait gravé, peut-être a la pointe d’un couteau ou d’un clou, le plus dramatique des messages : « J’étais ici et personne ne racontera mon histoire.» Nous raconterons leurs histoires.

:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: FUIR // retour << ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

Maman, je t’en prie, il ne faut pas que nous allions au ghetto. Nous n’en sortirons pas vivants ! Je me souviens de toutes ces histoires affreuses que racontaient les gens quand Papa les ramenait de la synagogue, le jour du Shabbat. Il faut qu’on trouve un moyen de se cacher. Déclaration d’une gamine qui n’avait aucune idée de la manière dont elle et sa famille allaient pouvoir trouver une cachette. Mais j’avais le sentiment que ma mère, si inventive, allait trouver une solution. Ma mère écouta cette supplique désespérée avec un sourire d’encouragement.


Nous vivions à Újpest (Nouvelle Pest), une ville de cent cinquante mille habitants qui jouxtait Budapest. Environ 8 000 de des habitants étaient juifs. Nous venions de recevoir l’ordre du gouvernement hongrois de nous rendre dans le ghetto dans les deux semaines qui suivaient, munis d’une seule valise par personne. Il y avait ma mère, ma sœur Ildiko (11 ans), mon frère Imre (5 ans) et moi. […] Mon père n’était plus là. Il avait été enrôlé comme travailleur forcé, et envoyé sur le front russe en 1941. Après sa défaite catastrophique devant Stalingrad, l’armée allemande s’était repliée sur l’Ukraine : mon père avait disparu pendant la débâcle.

J'étais malade d’angoisse. Une intuition me hantait : si nous partions pour le ghetto, c’en était fait de nous. »

Née en 1930 à Úijpest, Klara Sahn-Kiss, témoigne, avec ce livre, de ce que furent les derniers mois de l’occupation nazie à Budapest. Allant de cachette en cachette, confrontée quotidiennement aux morts et aux mourants, l’adolescente qu’elle fut, rend compte de l’acharnement à anéantir les derniers Juifs de Hongrie alors que la guerre est déjà perdue pour les oppresseurs. Fuir est son premier « récit », rédigé soixante-dix ans après les faits, car, ainsi qu’elle l’écrit : « Il fallait que j’efface leur souvenir afin de pouvoir survivre. »

ISBN : 979-1-0931760-5-5
91 pages – 15 euros
Parution : mai 2014

:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: CADAVRES EN SURSIS : JOURNAL DU CAMP DE WESTERBOOK // retour << ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

« Vendredi 30 juillet [1943] Le régime a été renforcé. Conséquence du cours des choses, tant militaires que politiques. Les Allemands sont nerveux. Hier, un des officiers SS a laissé échapper : “Les Juifs ne vont pas tarder à voir ce que ces changements de circonstances signifient pour eux.” Les circonstances ont donc changé. Pour commencer, la censure du courrier qui arrive a été renforcée. […] Bien des fois déjà, des sujets du camp ont été convoqués pour se justifier à propos d’expressions et de déclarations contenues dans des lettres qu’ils destinaient à des proches. Le contrôle sur l’activité des Juifs a lui aussi été renforcé : depuis hier, des SS procèdent à l’inspection des baraques et demandent à tous ceux qu’ils croisent dans la journée de se justifier. Celui qui ne peut fournir une excuse convenable est soit puni, soit incorporé dans le processus de travail. »

Né en 1889 dans une famille du prolétariat juif d’Amsterdam, l’autodidacte Philip Mechanicus a mené une brillante carrière de journaliste. Arrêté en 1942 car il ne porte pas l’étoile jaune, il finit par être transféré dans le camp de Westerbork, où il écrira son Journal, se considérant comme un « reporter chargé de rendre compte d’un naufrage ». D’une grande valeur documentaire, les treize cahiers qui nous sont parvenus ont été édités en 1964 sous le titre In Dépôt, dagboek uit Westerbork (En Dépôt, journal de Westerbork). Pour la publication française, nous avons choisi le titre Cadavres en sursis – expression chère à Goebbels. Déporté le 8 mars 1944 à Bergen-Belsen puis, le 9 octobre, à Auschwitz-Birkenau, Philip Mechanicus y est fusillé trois jours tard.

Philip Mechanicus
Préface de Jacques Presser
Ouvrage publié avec le soutien du Nederlands Letterenfonds
Format : 150 × 225 mm
300 pages env. – 21 euros
Broché avec rabats
ISBN : 978-2-9541100-3-5
Parution : mars 2016

:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: ET TOUT S'EFFONDRE DE KLAARTJE - JOURNAL DU CAMP DE VUGHT // retour << ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

« Nous avons appris hier soir que le camp des enfants allait être évacué. Tous les enfants de moins de seize ans doivent quitter le camp. Le pire, c’est qu’ils vont être arrachés à leurs parents. Nous avons pris connaissance d’une déclaration qui nous a fait trembler d’effroi. Nous n’en croyions ni nos yeux, ni nos oreilles. Il faudrait s’y faire, mais nous ne pouvions le concevoir, c’était trop énorme. […] Des familles entières allaient encore une fois être séparées ? Comment était-ce possible ? N’y aurait-il jamais de fin à nos souffrances ? Les hommes devaient se résoudre à voir partir leurs épouses et leurs enfants, déjà si affaiblis. Nous étions anéanties. Presque tout le monde avait des enfants, leur départ allait laisser un vide immense. […] Un sentiment de panique impossible à décrire s’est emparé de nous. »

Klaartje de Zwarte Walvisch - Nous savons fort peu de choses de Klaartje de Zwarte-Walvisch et il ne reste que deux photographies d’elle : c’était une couturière de 32 ans, née le 6 février 1911 et morte vers juillet 1943 à Sobibór. Son mari, Joseph, et elle ont été arrêté chez eux le 22 mars 1943. Ils ne s’étaient pas fait enregistrer comme la loi l’exigeait, mais n’étaient pas non plus entrés dans la clandestinité. Klaartje, jeune femme à la santé précaire, a tenu un Journal, qui n’a été authentifié qu’en 2008, du premier jour jusqu’à son départ pour la Pologne, parvenant à le donner à un cousin, lors de son passage par le camp de Westerbork. Écrit dans un style simple et direct, …Et tout s’effondre est le Journal d’une femme en colère.

Klaartje de Zwarte Walvisch
Journal du camp de Vught
Traduit du néerlandais par Mireille Cohendy
Introduction : Ad van Liempt
Format : 150 × 225 mm 200 pages env. Broché avec rabats Prix : 18 €
ISBN : 979-10-93176-10-9
Parution : juin 2016

:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: L’HÉRITAGE DU COMMANDANT - LE PETIT-FILS DU COMMANDANT D'AUSCHWITZ RACONTE // retour << ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

« Oui, ma famille avait la belle vie à Auschwitz”, écrivit mon grand-père dans ses Mémoires. “Les enfants s’épanouissaient librement et sans contraintes. Ma femme avait son paradis fleuri. Dans le jardin, les enfants avaient toujours plein d’animaux que leur rapportaient les détenus. Tortues ou martres, chats ou lézards, le jardin offrait sans cesse d’intéressantes nouveautés. Ou alors ils pataugeaient dehors, l’été, dans le bassin. […]” Et juste à côté, on gazait des enfants. Les cendres des morts servaient d’engrais pour ce “paradis fleuri”. Un jour, Leo avait entendu ma grand-mère dire : “Lavez bien les fraises, les enfants, à cause de la cendre.” Voilà dans quelle famille je suis né. Parfois, je n’ai qu’une envie : hurler. »

Rainer Höss - Né en 1965 à Ludwigsburg, près de Stuttgart, Rainer Höss est l’un des petits-fils de Rudolf Höss, le commandant du camp d’extermination d’Auschwitz. Il s’est confronté, très jeune, au silence imposé dans sa famille et à l’idéologie nazie qu’elle incarne pour vouer sa vie à la lutte contre la haine et la discrimination en multipliant les interventions publiques et les conférences. Il est le fondateur de « The Footsteps Team », une structure qui, s’appuyant sur l’histoire et l’éducation, se fixe pour objectifs de préserver la mémoire des victimes de la Shoah, tirer les leçons du passé et tenter de bâtir un monde loin de la barbarie.

Rainer Höss
Traduit de l’allemand par Elisabeth Willenz
Préface : Bernhard Gotto
Format : 150 × 225 mm
250 pages env.
Nombreuses photographies
Broché avec rabats
Prix : 22 €
ISBN : 979-10-93176-08-6
Parution : novembre 2016

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