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_ la Beauté du geste

Nous avons pensé cette collection comme un voyage dans l’histoire musicale et dans l’Histoire en général.

Il s’agira de restituer l’atmosphère dans laquelle se sont élaborés les grands moments du répertoire symphonique et lyrique du XXe siècle en nous attachant plus particulièrement aux chefs d’orchestre, ces « passeurs » dont la personnalité, le talent et, parfois, les prises de position, ont éclairé représentations légendaires et saisons musicales, en les inscrivant dans leur contexte. La recherche d’archives personnelles, la traduction et l’étude des partitions annotées comme de leur correspondance, seront au cœur de notre collection.

Par une approche documentée du parcours d’artistes mémorables — comme Arturo Toscanini, Fritz Busch, ou encore Otto Klemperer — nous chercherons à rendre palpable ce que fut leur investissement dans la musique, dans la vie et dans l’Histoire, qu’ils marquèrent d’une inoubliable empreinte. Excellence artistique et élégance morale font la beauté du geste.

Directeur de la collection : Georges Zeisel.





:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: HARVEY SACHS : REFLEXIONS SUR TOSCANINNI, MUSIQUE ET POLITIQUE // retour << ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

En février 1946, lorsque le gouvernement italien annonça la tenue en juin d’un référendum sur l’abolition de la monarchie, Toscanini se décida à rentrer en Italie pour y diriger un concert à l’occasion de la réouverture de La Scala. Les trois quarts du centre historique de Milan avaient été détruits ou  endommagés lors des vingt derniers mois du conflit, mais […] avec l’autorisation des forces d’occupation alliées, des subventions venues de toute l’Italie et l’énergie déployée dans la douleur par l’ingénieur en chef Luigi Lorenzo Secchi et son équipe, la vénérable maison était, le 25 avril 1946, pratiquement en mesure d’accueillir ses premiers concerts d’après-guerre.

Toscanini, arrivé en Italie deux jours plus tôt, n’avait pas tardé à imposer ses règles. La Scala devait réintégrer les musiciens juifs qui, renvoyés en 1938,  avaient néanmoins pu survivre à l’occupation allemande : cela concernait en premier lieu Vittore Veneziani, le chef des chœurs. D’autres employés, exclus pour leur opposition au fascisme, retrouvèrent de même leur poste.

Le 11 mai, La Scala, qui sentait encore la peinture fraîche, se remplit au double de sa capacité : membres du gouvernement et responsables des principaux partis figuraient parmi les spectateurs. On pouvait même voir Ferrucio Parri, chef légendaire de la Résistance et Premier ministre du gouvernement d’union nationale. […]

À vingt et une heures précises, Toscanini, presque octogénaire, apparut sur « sa » scène, pour la première fois depuis seize ans. Les spectateurs se levèrent d’un bond, comme un seul homme, applaudissant frénétiquement, hurlant des «Toscanini ! Toscanini !» et pleurant à chaudes larmes. La dictature, la guerre, les interminables souffrances du peuple : tout cela était désormais du passé. Le concert s’acheva sur trente-sept minutes de cris de joie et de vivats. En coulisse, l’orchestre offrit à son chef un médaillon en or portant l’inscription : “Au Maestro qui ne fut jamais absent – son orchestre’’. »

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Auteur de nombreux ouvrages sur Toscanini, dont il est considéré comme « le » biographe, Harvey Sachs livre ici l’essentiel de la vie et de la carrière du légendaire chef d’orchestre, et dévoile aussi des documents inédits sur les rapports que Toscanini, antifasciste de la première heure, entretint avec Mussolini et Hitler. Personnage hors normes, combattant infatigable de la cause musicale, mais aussi de la résistance face aux « jours terribles » des années 1930, Arturo Toscanini fut l’un des géants du XXe siècle. Tel est l’homme que Sachs nous permet d’approcher à la fois dans son quotidien et au cœur de la conception qu’il avait de la musique et de son métier.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Sylvie Homassel avec l’aide de Laura Brignon pour les segments en italien et Elisabeth Willenz pour l’allemand.

ISBN : 978-2-9541100-5-9
238 pages – 22 euros
Parution : octobre 2014

:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: EVA WEISSWEILER : OTTO KLEMPERER. LES ANNÉES ALLEMANDES // retour << ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

« L’épilogue de la fermeture de l’Opéra Kroll est aussi bref qu’affligeant. On daigna me reprendre au Lindenoper, où je n’ai monté que de nouvelles œuvres : soit des productions tout à fait nouvelles, soit des reprises, Così fan tutte, Figaro et Falstaff, déjà joués au Kroll. On me confia aussi des concerts, j’ignore encore pourquoi. Et pour finir, il y eut le dernier spectacle, Tannhäuser. Cette représentation eut lieu le 12 février 1933. Hitler était déjà au pouvoir. Deux semaines plus tôt, on m’avait remis la médaille Goethe, et deux mois plus tard, je fus chassé d’Allemagne, comme on chasse de la vermine. Hitler et ses hommes assistèrent à la représentation de Tannhäuser. Avant le début du troisième acte, la salle se livra à des manifestations inqualifiables. Mes amis applaudissaient et mes adversaires sifflaient et chahutaient. Cela dura environ un quart d’heure. Je suis resté assis tranquillement à mon pupitre. »

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Eva Weissweiler, née en 1951, vit à Cologne. Elle a publié de nombreuses biographies (notamment de Clara Schumann et de la famille Freud) et écrit pour presque tous les grands médias de langue allemande. Ses recherches portent essentiellement sur le domaine musical et sur le décryptage de la période nazie. Paru en 2013, Erbin des Feuers – Friedelind Wagner, eine Spurensuche, ouvrage consacré à la petite-fille de Richard Wagner, a été salué par la presse.

Traduit de l’allemand par Elisabeth Willenz
Format : 150 × 225 mm
333 pages
Prix : 23 €
ISBN : 979-10-93176-06-2
ISSN collection « La beauté du geste » : 2425-4029
Parution : 2e quinzaine d’octobre 2015

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